The Smell Of Us – « Une sonnerie d’alarme destinée aux parents » Samy Znimi

The Smell of Us est un film français, réalisé par le réalisateur et photographe américain Larry Clark, sorti en 2014. Inspiré de plusieurs histoires vraies, il raconte l’histoire de plusieurs jeunes à Paris qui vivent une vie de débauche ou s’entremêlent sexe, drogue et prostitution. Nous avons rencontré Samy, 19 ans, qui a joué le rôle d’un jeune skateur de la bande. Le film tend à exposer une vision très anxiogène de la jeunesse parisienne.

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Comment as tu été repéré par Larry Clark ? Dans quel contexte ?

Ce n’est pas Larry qui m’a repéré immédiatement. C’est Marlon, le directeur du casting. Un jour il m’a envoyé un message sur Facebook en me demandant si j’étais intéressé par un casting. Il m’a qu’il cherchait des skateurs pour figurer dans un film ou l’intrigue se déroule autour du Palais de Tokyo.

J’ai été rappelé quelques semaines plus tard par la production pour une réunion destinée aux parents car j’étais mineur au moment du tournage. La production voulait les prévenir et les rassurer.

Enfin j’ai été recontacté pour un deuxième casting. L’équipe cherchait des acteurs secondaires et il s’avère que je leur avais plus. C’est au deuxième casting que j’ai rencontré Larry, et c’est là qu’il m’a repéré et à décider de me donner un rôle beaucoup plus important que prévu.

« The Smell of Us » ? Qu’est ce que le titre signifie au delà de la traduction mot à mot ?

Cela signifie « l’essence de nous », c’est ce qu’on dégage de nous, ce qu’on fait ressentir de nous. « Nous », ce sont les jeunes. Le réalisateur a voulu dégager l’essence de la jeunesse, jusqu’à son odeur, et tout ce qu’elle a de particulièrement fragile. C’est une expérience de vie, dramatisé.

Mais pour moi, cela signifie une expérience unique, pleins de visages qui resteront à jamais gravé dans ma mémoire et aussi beaucoup de bonheur et d’amitiés.

Le fait que le personnage que tu interprètes portes ton vrai prénom rajoute t-il de la crédibilité à ton rôle ? Est ce qu’il n’est pas, par essence, plus juste ? Plus proche de toi dans l’interprétation du personnage ?

Au départ, il y avait écrit « skateur 2 » sur mon script car on était plusieurs a voir un rôle similaire. J’étais très naturel. C’était « moi » mais uniquement dans le contexte du film. Même si je me suis inspiré de ma propre personnalité et de mes expériences personnels, je jouais un rôle.

Je dirai que mon jeu d’acteur a bien évidement été influencé par ma propre personnalité mais que le fait d’avoir gardé mon nom, rajoute de la proximité uniquement avec les gens qui me connaisse.

Certaines scènes du film sont assez « chocs », les conditions de tournages ont du être particulièrement difficiles. Les scènes de sexes sont elles tournées sans trucages ? Peux tu me raconter ?

C’est une question qu’on me pose souvent. On aime pas trop en parler dans la bande car il y a beaucoup de bruits qui ont circulé sur les conditions du tournages mais qui ne sont absolument pas fondés. Il ne s’est pas passé grand chose finalement. Les scènes de sexes sont réalisés avec trucages. En effet quand le personnage de Lucas avait un rapport avec un homme, il avait le sexe dans une chaussette. Quand Haitham couche avec Angie sur le canapé c’est aussi truqué. Ce ne sont que des rumeurs.

Pour ce qui est des conditions de tournages… Comment dire… Ce n’est pas facile tout les jours avec Larry. Il veut vraiment pousser les acteurs dans leur retranchements pour faire ressortir les émotions les plus sincères possibles à l’écran.

Il y a eu beaucoup de disputes, de pressions, il y a eu des acteurs qui ont voulu quitter le tournages et d’ailleurs certains l’ont vraiment fait. C’est le cas des 3 acteurs principaux. Je pense aussi que c’est pour cela que le film n’a pas vraiment de fil conducteur. Il n’y a pas une histoire mais plusieurs qui s’entremêlent. Même si l’intrigue se déroule principalement autour du personnage de Lucas, un jeune très énigmatique.

Il y avait un climat d’amour mais avant et après le départ de certains acteurs il y a eu beaucoup de tensions, surtout venant de la production. Les cameraman, les assistants et les costumières craquaient tous un à un…

Comment ce film reflète la jeunesse parisienne actuelle selon toi ? Ne penses tu pas que ce style de vie ne reflète qu’une partie très minoritaire de la jeunesse ?

Alors là ! Franchement ! Ce film ne reflète pas du tout la jeunesse parisienne actuelle. Non, non, non ! (silence)

Mais quand j’y pense c’est une question difficile car dans un sens ce film peut refléter la jeunesse parisienne car le film montre des jeunes qui boivent, s’amusent et font la fête et 95% des 15-30 ans boivent, fument et font la fête… C’est surement très extrapolé dans le film.

Larry aime surprendre, choquer, interpeller, clouer le spectateur à son siège donc tout ce qui se passe dans le film existe mais ce n’est pas ce qui est le plus courant.

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Te reconnais tu dans le film ?

Je me reconnais dans le film car je ne le vois pas comme tout le monde. Je le vois juste comme  un des meilleurs moment de ma vie, comme un expérience folle que j’ai vécu, comme un album souvenir.

Peux-tu me donner un exemple concret tiré du film d’une chose que tu fais dans ta vie de tout les jours ?

Le skateboard. Sans hésitation.

Dans le film, on voit des parents absents, naïfs et quasiment inconscient de la vie que mènent leur progénitures, penses tu que ce schéma est fréquent ou est il volontairement exagéré pour les besoins du film ?

Ce schéma est très fréquent. Il y a beaucoup de parents qui ignorent tout de ce que font leur enfants. Ils les imaginent d’une certaine manière, qui pensent avoir donné une bonne éducation mais qui au final ne voient rien. Ils ne savent pas concrètement ce que font leur enfants.

J’ai un exemple qui me vient. C’est celui des jeunes filles qui sortent la en boite de nuit alors qu’elles sont mineurs. Il y en à énormément à Paris. J’en connais beaucoup et je peux vous dire que leur parents ne sont absolument pas au courant de ce qu’elles font. Ca peut évidemment prendre beaucoup plus d’ampleur comme dans le film mais cela reste très rare.

Le film traite de la prostitution et notamment masculine, connais tu vraiment des jeunes dans ton entourage qui sont concernés par ce phénomène ?

Pas du tout. Je ne connais personne que se soit dans mon entourage proche ou plus ou moins éloigné qui en vienne à se prostituer…

Comment expliques tu que ces jeunes plutôt « aisés » pour la plupart, en vienne a de telles dérives ?

Ah ! Cette question va me faire réfléchir. (silence) Si ces jeunes en sont arrivés à ce stade c’est surement un problème d’identité personnel. On voit JP qui tombe amoureux de Lucas et découvre ainsi son homosexualité. On voit également Lucas qui se prostitue pour l’argent alors qu’il en a déjà. Cela montre qu’il y a un problème beaucoup plus profond qui se cache derrières ces « dérives ». Un problème plus d’ordre psychologique, peut être.

The Smell of Us parle aussi d’homosexualité, on a l’impression qu’il ne s’agit plus d’une orientation sexuelle réelle mais d’une tendance. Aujourd’hui c’est devenu cool d’être homo/bi ?

Le film ne veut pas montrer que c’est une tendance. Il veut en parler. Comme un fait, qui existe. Il veut le montrer, puisque cela fait partie de la réalité. Mais le réalisateur n’a pas voulu montrer une tendance même si je pense personnellement que c’est certainement une effet de mode aujourd’hui chez les jeunes.

Tout le long du film. Toff, un jeune de la bande film toutes les scènes sur son téléphone. Est ce que c’est un clin d’oeil à la génération 3.0, toujours sur-connectée ?

Personne n’a jamais compris ce personnage ! Le personnage de Toff est très très dur à cerner car il est tout le temps là. Présent même lors des scènes les plus étranges. Il y a la scène ou Lucas se fait lécher les pieds et Toff filme cette scène. (En réalité il n’a pas vraiment assisté à la scène, c’est un montage.) Larry répétait tout le temps à Toff de tout filmer en permanence. Tout ce qu’il voyait, les scènes de skate également, que ce soit en tournage ou hors tournage. Il passait son temps à filmer. Le personnage de Toff, fait en fait écho à Dieu. Un Dieu omniprésent qui voit tout. Le fait qu’il filme tout, lui donne un regard global dans le film et en fait un personnage à part, qui survole les scènes.

Donc, non, Larry n’a pas voulu donner cette image postiche du jeune connecté en permanence à son téléphone, même si tout le monde en a fait cette interprétation.

L.Clark vous a-t-il imposé la totalité des scènes ou vous sentiez vous libre d’avoir une marche de manoeuvre ?

Nous étions complément libres. Il nous imposait juste le cadre et nous étions libres d’improviser. Les dialogues étaient justes là pour nous aider. Au départ j’apprenais mes dialogues mais je me suis rapidement rendu compte que c’était beaucoup plus naturel quand je prenais des initiatives. Je changeais le dialogue mais en gardant l’idée. Si on ne voulait pas faire une scène que l’on estimait trop « délicate », on était en droit de refuser.

Il y a une scène qui a été coupé ou Ryan qui joue le personnage de Guillaume est poussé dans le bassin du Palais de Tokyo par Packman joué par Théo. Larry s’était assuré que Guillaume était d’accord pour jouer la scène. Il y avait vraiment un respect mutuel.

Certaines critiques ont déclaré que le film sonnait « faux ». Qu’est ce que tu as à leur répondre ?

J’ai beaucoup lu la presse et les articles qui parlaient du film et cela m’a très peu touché. J’ai aussi entendu des gens dirent que Larry était pédophile, que les acteurs se faisaient violer pendant ses films, etc…

Je suis allée très souvent chez lui, pas toujours accompagné et il ne sait jamais rien passé. C’est quelqu’un qui est tout simplement détesté par les gens qui ne le comprennent pas. Si les gens pensent que le film sonne faux, je ne peux que leur dire qu’ils n’ont pas vu le film sous son bon angle.

Il y a 2 scènes marquantes dans le film. Celle qui traite de l’inceste entre une mère et son fils mais aussi celle qui traite du suicide d’un des jeunes, sous les yeux de sa mère. C’est une sonnerie d’alarme destinée aux parents ?

La scène avec Dominique Frot, qui embrasse son fils pendant son sommeil est plutôt belle en fait. Elle parle de l’amour maternel d’une mère à son fils. Je ne la trouve pas si choquante mal grès toutes les critiques qu’elle a suscité.

Pour ce qui est de la scène ou JP se suicide… Oui… Je pense que c’est une sonnerie d’alarme destinée aux parents. Cela décrit vraiment l’ignorance des parents envers leur enfants. Des enfants qui tentent d’attirer une attention qu’il n’ont pas.

Quand Larry fait un film il souhaite clouer le spectateur à son siège, qu’il ouvre la bouche en grand et que cela le touche personnellement. Il veut que ça ne lui plaise pas, que ça le dérange. Que ça le choque, que ça le marque et que ça le fasse réfléchir.

Si c’était à refaire ou que tu étais ton propre metteur en scène, qu’est ce que tu changerais au film ?

Rien du tout ! Zéro ! Peut être le fait que les acteurs principaux soient partis en pleins milieu du film mais à part ça, rien du tout. C’était incroyable !

Propos recueillis par Karen HARLE.

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